Les types de rimes

Parler de « la rime » au singulier masque qu’il s’agit de plusieurs procédés distincts, aux effets distincts. Ce guide passe en revue les principaux et ce à quoi chacun sert.

Le compte : riche, suffisante, pauvre

La versification française ne classe pas les rimes par leur nature mais par leur quantité : le nombre de sons identiques à la fin des deux mots, à partir de la dernière voyelle accentuée. Jean Mazaleyrat le pose ainsi dans ses Éléments de métrique française :

C’est une différence importante avec l’anglais, qui distingue les rimes par leur exactitude — perfect, slant — plutôt que par le nombre de sons partagés. Les deux traditions ne découpent pas le même objet.

Une rime riche ferme le vers plus fermement ; une rime pauvre le laisse ouvert. Ces noms décrivent, ils ne notent pas.

La rime pour l’œil

Deux mots qui semblent rimer à l’écrit et ne riment pas à l’oreille. La règle française classique est stricte là-dessus : la rime se juge au son, et l’orthographe ne la fait pas.

Elle impose en revanche une contrainte que le son ne justifie pas — l’alternance des rimes masculines et féminines, c’est-à-dire de celles qui se terminent par un e muet et de celles qui n’en ont pas. Cette règle a tenu du XVIe au XIXe siècle et a été abandonnée avec le vers libre.

La rime interne

La rime n’a pas à se trouver à la fin du vers. Deux mots qui riment à l’intérieur d’une même ligne, ou au milieu de deux lignes consécutives, créent un écho plus rapide et moins solennel.

C’est un procédé fréquent dans la chanson, où l’oreille dispose de moins de temps qu’à la lecture, et il porte beaucoup du rap français, dont la densité de rimes ne tiendrait pas sur les seules fins de vers.

Les rimes approchées

Hors de la métrique classique, on emploie aussi des rimes partielles : des sons proches qui ne coïncident pas tout à fait. Elles sont très courantes dans la chanson contemporaine, parce que la mélodie tolère ce que la lecture silencieuse ne tolérerait pas.

Ce ne sont pas des fautes. C’est une manière de garder l’écho sans la sensation de fermeture de la rime riche. Verlaine réclamait exactement cela dans son Art poétique : « Ô qui dira les torts de la Rime ? »

La rime la plus exacte n’est pas toujours celle qui sert le mieux le texte.

Les schémas

La disposition des rimes dans une strophe — plates (AABB), croisées (ABAB), embrassées (ABBA) — change la manière dont le lecteur groupe les vers. Une rime croisée maintient la tension d’un vers à l’autre ; une rime plate la résout aussitôt.

Choisir un schéma, c’est décider où le lecteur va se reposer. Le sonnet français le fait à l’échelle de la forme : deux quatrains en rimes embrassées tiennent la question ouverte, et les tercets la referment.

Choisir entre les candidates

Une liste de rimes est un point de départ. Le choix dépend du sens, du registre et de ce que le mot fait au vers.

Le dictionnaire de rimes d’Ilena vit à côté des définitions et des synonymes précisément pour cela : il faut souvent savoir ce qu’une candidate signifie avant de pouvoir la juger.

Si changer la fin du vers en modifie la mesure, voyez comment compter les syllabes en chanson.

Sources

Comparer les rimes à côté de votre texte

Ilena réunit rimes, définitions, synonymes, antonymes et versions dans un même environnement d’écriture.

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