Trouver des rimes est mécanique. Choisir entre elles ne l’est pas. Ce guide porte sur la seconde moitié : ce qui rend une candidate meilleure qu’une autre une fois qu’on a la liste.
La versification française classe les rimes par le nombre de sons communs à la fin des deux mots, à partir de la dernière voyelle accentuée. Jean Mazaleyrat le pose ainsi dans ses Éléments de métrique française :
Ces noms décrivent, ils ne notent pas. Une rime riche ferme le vers plus fermement ; une rime pauvre le laisse ouvert. Aucune des deux n’est meilleure dans l’absolu, et un texte entier de rimes riches sonne souvent plus scolaire qu’un mélange.
Amour et toujours, vie et envie, cœur et bonheur : certaines paires sont si usées que l’auditeur finit le vers avant vous. Une rime qu’on prévoit a déjà cessé de fonctionner, si exacte soit-elle.
Le test est simple : lisez le premier vers à quelqu’un et arrêtez-vous. S’il devine le dernier mot, ce n’est pas vous qui avez choisi la rime — c’est la langue qui l’a choisie pour vous.
Une rime que l’auditeur devine a déjà cessé de travailler.
La rime la plus forte est le plus souvent celle dont le sens surprend, pas celle dont le son correspond le mieux. Un mot qui rime convenablement et emmène le vers ailleurs vaut mieux qu’un mot qui rime parfaitement et ne dit rien.
C’est pourquoi une liste de rimes est un point de départ et non une réponse. Le dictionnaire de rimes d’Ilena vit à côté des définitions et des synonymes exactement pour cette raison : il faut souvent savoir ce qu’une candidate signifie avant de pouvoir la juger.
Verlaine, dans son Art poétique, réclamait explicitement le contraire d’une rime trop sonore : « Ô qui dira les torts de la Rime ? » Baudelaire, lui, a écrit les Fleurs du mal presque entièrement en rimes suffisantes ou riches. Les deux savaient ce qu’ils faisaient.
Changer le dernier mot d’un vers change en général sa longueur, et parfois toute sa syntaxe. Une rime qui force une inversion contre nature attire l’attention sur elle-même : l’auditeur entend la mécanique.
Si la réécriture change la forme du vers, vérifiez qu’il tient encore : voyez comment adapter des paroles à une mélodie.
Tous les vers n’ont pas besoin de rimer. Ne pas rimer là où l’auditeur l’attend est en soi un procédé, et retenir une rime rend son arrivée plus forte.
Décidez à quoi sert la rime à chaque endroit, plutôt que d’appliquer un schéma à tout le texte et de le servir ensuite.
Le sonnet français classique fait souvent cela à l’échelle de la forme : deux quatrains en rimes embrassées tiennent la question ouverte, et le dernier tercet la referme.
Ilena réunit rimes, définitions, synonymes, antonymes et versions dans un même environnement, pour qu’une candidate se juge face au vers qu’elle doit servir.